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- Genèse et papillon -

La genèse est certainement au papillon tout ce qui est sa ‘’période chenille’’, moment de sa vie qui consiste donc à manger, emmagasiner un maximum d’énergie pour la chrysalide.

Le papillon est alors à la genèse l’espoir indubitable d’un futur, lointain certes, mais immaculé et rayonnant.


Bon.


Me lance-je dans l’allégorie de l’accomplissement de soi et de notre épanouissement personnel ? En gonflant les rangs des idéaux qui promeuvent le bonheur final d’atteindre sa propre version 2.0 de soi ? Je ne résisterai pas à faire tout un paragraphe rien que sur la poésie du titre. Mais je serais obligée aussi de souligner avec défaitisme que la phase ‘’papillon’’ ne représente que l’infime partie finale de l’existence de cet être – la plupart du temps – cloué à ras du sol. Tout comme à un moment de porter d’un ton grave l’attention sur le fait que certains d’entre nous ne sont peut-être pas des chenilles promises à un bel avenir mais simplement des limaces condamnées à ramper éternellement…


Mmh. J’ai peur de glisser…


Tu vois, c’est dangereux de balancer des thèmes comme ça à tort et à travers aux gens, après ça les force à réfléchir et tout…


  • Nan mais moi j’ai rien demandé tu sais. J’ai juste posé le thème d’aout gentiment, comme ça…


Parce qu’encore faut-il avoir la force physique et mentale de se soustraire à la gravité elle-même. Trouver en soi le courage de quitter cet état d’objet soumis à la pesanteur, certes lourde mais connue et donc confortable. Et somme toute paisible.


  • Euh… En effet peut-être que…


Parce que tout le monde n’a pas la confiance nécessaire suffisante ne fusse que pour se croire potentiel papillon, tu vois ? Et donc se voir chenille... Certains n’ont même pas la prétention d’oser regarder le ciel, en fait. Ou même d’y penser. Je suis certaine qu'il y en a qui n’ont pas même conscience de son existence. Alors imaginer des êtres qui s’y meuvent en toute légèreté, penses-tu.


  • Tu sais si ça te prend trop la tête, tu n’es pas obligée de…


Ouais mais ‘faut arrêter de stresser les gens là avec toutes vos injonctions sociales culpabilisantes qui voudraient qu’on sorte de notre zone de confort pour découvrir notre potentiel caché et soi-disant s’envoler vers notre meilleur nous-même et toutes ces conneries !


  • Oula euh… Doucement…


Tu veux parler de quoi ? De mon boulot ? De mon manque d’ambition ? De ma peur du changement ? On n’est pas toujours obligés de se bousculer, hein. Parfois on peut juste être posés, là, et apprécier ce qui est.

On n’est pas parfait, on n’est pas parfait… Et alors ? Je réclame le droit à ma propre médiocrité intellectuelle ! Voilà. Et assumée. Ça fait de moi une limace ?!


  • Non pas du tout ! Je…


Hé bah voilà ! Et quand bien même ! Si c’est ça être une limace, et bien j’en suis une ! Zut à la fin. Je suis encore c’que j’veux, merde !


  • Bien sûr ! Tu peux…


Moi… Moi j’suis… Moi j’suis un escargot, moi, voilà ! Un escargot ! J’ai tellement accepté mon état de limace que j’me suis mis bien, tiens : j’ai investi dans l’immobilier sur le plancher des vaches, moi. Voilà.

C’est vrai quoi, quitte à être clouée au sol, autant être confort. Et quand y a des emmerdeurs ou qu’y d’l’orage, et bah je ferme les volets, j’attends qu’ça passe et puis c’est tout !



Et de temps en temps, oui je l’avoue, il m’arrive de sortir mes antennes vers le ciel et de trouver les papillons jolis… Cette bande de p’tits bâtards !

Mais voler, moi ça m’donne le vertige. Et j’aime pas ça. ‘’Et c’est ok’’ ! comme ils disent les psys.


  • Justement, la…. La tienne, c’est quand déjà ?


Toujours jeudi. Pourquoi ?

 

 

Le jeudi suivant…

  • Et… Avez-vous pensé au fait que, plutôt qu’être un escargot, comme vous dites, vous seriez pourquoi pas, l’être enfermé dans sa chrysalide, qui n’ose simplement en sortir, de peur de se casser la gueule à la première rafale de vent ?


Pffff… Ça nous mènerait alors à réfléchir au comment les papillons gèrent les tempêtes ? On parlerait non pas de leur perfection mais bien de leur résilience face aux vents. Ça nous prouverait que chaque papillon est conscient de son imperfection, de sa fragilité, et que c’est justement ça qui lui permet de survivre pour ensuite voler de plus belle…


  • Exactement.


…Mh. Nan, ça m’saoule. Je crois qu’je vais rester un escargot.

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