- Le temps est un chien (bis) -
- Colombine

- 27 févr.
- 3 min de lecture
Dans son dernier texte du Teatime Club, Yothann nous présentait une allégorie du temps à travers notre regard sur les canidés. Pour sa part, un regard positif.
Je le lis, l’apprécie et ‘’rebondis’’, comme on dit. Quitte à louper mon atterrissage et finir dans la rubrique des chiens écrasés... En complément d’information, je m’en vais donc vous donner le point de vue inverse.
Je déteste les chiens… !
- Espèce de monstre ! Au bûcher !
Attendez ! Nan mais attendez ! ‘vous emballez pas !
J’aime pas les chiens, voilà, c’est pas grave… ‘Fin non c’est pas que j’aime pas les chiens, mais je suis pas fan, fan quoi…
Euh attention : Entendons-nous bien, je leur veux aucun mal hein ! Je suis pour le bien de tout être vivant, évidemment ! Mais les animaux - et les chiens en l’occurrence - me font peur pour la plupart. Je ne les ai jamais compris. Je n’ai pas ce ‘’truc’’ que certains ont. Je n’ai jamais appris à apprécier les chiens. Et n’ai donc pas appris à les apprivoiser. Bon j’avoue, j’ai jamais essayé non plus. Mais franchement, ça me dit rien, mais alors, rien du tout !
Il faut les éduquer sinon ils mordent, ils aboient, ils chient partout…
Et puis ils pètent ! Même éduqués, ils pètent !
Et rien que la logistique ! Il faut les sortir, et surtout pas oublier les sacs à caca, et il faut acheter des croquettes, et prendre rendez-vous chez l’véto… Misère !
Et puis il faut encore les apprivoiser, Nous aurons besoin l’un de l’autre, Tu seras pour moi unique au monde, Je serai pour toi unique au monde, blablabla et tout c’bordel… Pfff Non vraiment ça m’saoule.
Puis ça meurt évidemment ces bêtes-là. Vous, vous vous êtes attaché et tout, vous êtes complètement dévasté. Nan, c’est chiant j’vous dis. Très peu pour moi.
- Tssss tu sais pas c’que tu rates ma pauvre. Tu fais une grosse erreur.
Oui. Certainement. Au temps pour moi.
Revenons-y justement, au temps. Bah en fait c’est exactement le même genre de bestiole.
Le temps est un chien donc. Mais un chien avec lequel je n'ai pas le choix de vivre. Un chien dont j’ai hérité. Et il a pas l’option fugue dès que je lui ouvre la porte, non. C’est le genre qui me lâche jamais la grappe. Il est là, point. Celui-ci, il n’aboi pas, il tic-tac. A tout bout d’champ. Tic-Tac-Tic-Tac-Tic-Tac… Il ne dévore pas mes pantoufles, il dévore mon corps. Il ne pisse pas sur mon tapis, il pisse sur ma jeunesse. Il ne vole pas mes chaussettes, il vole mes espoirs. Et il file à une allure ! Sale bête…
Ma principale méthode d’éducation canine est le déni. Le chien est là - puisqu’il le faut - mais je ne suis pas obligée de lui prêter attention. Je pose un vieux journal dans un coin de mon appart, le prie aimablement de faire ses besoins dessus, si possible en silence, puis je vaque à mes occupations. Evidemment, ça ne rate pas : le machin, au bout d’un moment, il a déchiqueté le divan, marqué son territoire sur tous les rideaux et bouffé la voisine. Logique.

Et moi je crie. Logique aussi. Je ne prends pas la peine de l’apprivoiser, je suis frustrée de notre manque de communication, je n’y comprends donc rien, je m’énerve, je m’épuise. Je regarde les bêtises qu’il a fait, m’inquiète d’avance pour celles qu’il fera, jamais je n’apprécie sa présence, ici et maintenant. Parce qu’un chien ça vit dans le présent. C’est ici et c’est maintenant. Et comme je nie ce chien dont je veux pas, je vis là-bas ou là-bas, avant ou après.
Et lorsqu’arrivera la fin de sa vie, la fin de son temps - la fin de mon temps en fait - je n’aurai plus que les yeux pour pleurer…
- Hé bé… Quelle ambiance…
Hé j’ai pas dit que mon point de vue était le bon hein !
…Et euh… sinon, vous… vous connaissez un bon club d’éducation du temps ?
…‘’Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et puis… qui nous attend’’
Coco



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