top of page

- A portée d'âmes -

On se croise comme des météores fatigués.

Même trottoir, même heure, mêmes poches sous les yeux

et pourtant des années-lumière entre nos regards.


C’est étrange, cette manière qu’on a

de dire « excusez-moi »

mais pas « comment tu vas, vraiment ? »


On vit côte à côte comme des livres rangés trop serrés sur une étagère :

on se touche sans jamais s’ouvrir.


À portée d’âmes.

Pas à portée de voix, non.

La voix, ça traverse les murs.

Les âmes, ça demande qu’on baisse un peu le volume du monde.


Dans le bus, chacun tient son téléphone

comme une bouée de sauvetage

alors qu’on ne se noie même pas

on flotte juste trop loin les uns des autres.


C’est presque comique si on y pense :

huit milliards de solitudes

qui se plaignent de manquer de compagnie.


Et dans les familles…

Ah, les familles.

On partage le sel, la table, le Wi-Fi,

mais pas toujours les tempêtes.


On dit :

« Tu as fait tes devoirs ? »

« Passe-moi le pain. »

« Tu rentres tard ? »

Comme si l’essentiel de la vie

se résumait à l’intendance de nos existences.


Alors qu’on pourrait dire :

« J’ai peur parfois. »

« Je ne comprends pas qui je deviens. »

« Reste encore un peu avec moi. »


Mais non.

On préfère vivre au-dessus de nos têtes,

comme des cerfs-volants sans ficelle,

très hauts, très fiers,

et parfaitement perdus.


On oublie que l’autre est là,

à une chaise,

à une porte,

à un battement de cœur.


À portée d’âme.


Il suffirait peut-être de moins courir.

De rater un bus.

De laisser brûler les pâtes.

De s’asseoir.

De regarder quelqu’un vraiment

pas comme un décor,

mais comme un mystère.


Parce qu’au fond, se rencontrer,

ce n’est pas compliqué.


C’est presque ridicule de simplicité.


C’est dire :

« Je suis là. »

Et attendre que l’autre réponde :

« Moi aussi. »


Julien Mutombo

Commentaires


bottom of page