- A portée d'âmes -
- Invité
- 29 mars
- 2 min de lecture
On se croise comme des météores fatigués.
Même trottoir, même heure, mêmes poches sous les yeux
et pourtant des années-lumière entre nos regards.
C’est étrange, cette manière qu’on a
de dire « excusez-moi »
mais pas « comment tu vas, vraiment ? »
On vit côte à côte comme des livres rangés trop serrés sur une étagère :
on se touche sans jamais s’ouvrir.
À portée d’âmes.
Pas à portée de voix, non.
La voix, ça traverse les murs.
Les âmes, ça demande qu’on baisse un peu le volume du monde.
Dans le bus, chacun tient son téléphone
comme une bouée de sauvetage
alors qu’on ne se noie même pas
on flotte juste trop loin les uns des autres.
C’est presque comique si on y pense :
huit milliards de solitudes
qui se plaignent de manquer de compagnie.
Et dans les familles…
Ah, les familles.
On partage le sel, la table, le Wi-Fi,
mais pas toujours les tempêtes.
On dit :
« Tu as fait tes devoirs ? »
« Passe-moi le pain. »
« Tu rentres tard ? »
Comme si l’essentiel de la vie
se résumait à l’intendance de nos existences.
Alors qu’on pourrait dire :
« J’ai peur parfois. »
« Je ne comprends pas qui je deviens. »
« Reste encore un peu avec moi. »
Mais non.
On préfère vivre au-dessus de nos têtes,
comme des cerfs-volants sans ficelle,
très hauts, très fiers,
et parfaitement perdus.
On oublie que l’autre est là,
à une chaise,
à une porte,
à un battement de cœur.
À portée d’âme.
Il suffirait peut-être de moins courir.
De rater un bus.
De laisser brûler les pâtes.
De s’asseoir.
De regarder quelqu’un vraiment
pas comme un décor,
mais comme un mystère.
Parce qu’au fond, se rencontrer,
ce n’est pas compliqué.
C’est presque ridicule de simplicité.
C’est dire :
« Je suis là. »
Et attendre que l’autre réponde :
« Moi aussi. »

Julien Mutombo



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