- Genèse et papillon -
- Jérôme
- 26 août
- 2 min de lecture
Bonjour, moi c’est numéro 652
Bonjour numéro 652 [en chœur]
Je… Oh, que c’est dur…
Allez 652 !
Va-z-y 652 !
Courage !
Je viens ici pour la première fois, sur recommandation de mon soigneur d’âme.
J’ai toujours été oisive. Fainéante, vous me direz. Pourtant, je vous l’assure, je ne fais pas rien.
Dis-nous tout, numéro 652 !
A vrai dire, je contemple. Je rêvasse, vous me direz. C’est pourtant plus que cela. Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous réalisez et des émotions que ça me procure. Ce midi encore, vous avez déplacé cette énorme miette de pain avec une telle agilité. Ce que vous considérez comme de l’organisation, est pour moi une chorégraphie. Le vent me souffle votre symphonie, vos pattes sont autant d’archers qui rendent cette action que vous considérez simple comme épique. Je ne connais rien de plus beau.
Ça n’est qu’une miette de pain, 652…
J’ai essayé de comprendre. J’ai observé d’autres familles d’insectes. Les gendarmes, les pucerons. Les abeilles. Même les oiseaux, dont les plus énormes : les pies.
[Sursauts dans l’assemblée]
Aucun n’aligne autant de grâce et de discipline. Vos antennes sont orientées vers l’objectif et vos mandibules claquent en rythme et donnent la cadence. L’harmonie avec laquelle vous combinez votre tête, votre thorax et votre abdomen me laisse tellement admirative. Jamais je n’aurai une seule once de votre démarche raffinée. J’ai le sentiment de disposer de six pattes gauches.
En effet, 652
C’est pas faux
Tu es désarticulé, comme nos sœurs à qui les enfants humains arrachent une patte !
Ou deux !
Pensées fraternelles pour elles !

Voilà pourquoi je me présente à vous et que j’ai déclenché cette assemblée
Tu ne peux pas continuer à ne rien faire. Tu mets en péril notre organisation.
Fainéante !
J’aimerais tellement être comme vous ! Vous comprenez, je vous contemple et tout est si parfait, qu’ajouter ma maladresse à ce tableau serait criminel. Vous comprenez ? Je ne me pardonnerais jamais de tâcher cette harmonie parfaite. Vous ne savez pas à quel point cela me rend triste ! J’aimerais tant fourmiller avec vous !
Non, nous ne comprenons pas.
Agis, comme nous et puis c’est tout !
C’est pourtant simple 652, c’est dans nos gênes, personne ne nous a appris
Oui, tu dois le sentir en toi, c’est inné !
Et bien pas chez moi. Et je vous assure que j’essaie et que j’y mets toute ma volonté…
Ah…
Bah…
Alors ça…
Hum.
Laissez moi croire qu’il y a une place pour moi dans l’organisation ?
.
Je ne sais pas, je pourrais vous encourager ? Décrire la beauté de vos déplacements, la raconter à qui veut l’entendre ! Comme une poète, ou une troubadour ! Parler aux œufs avant qu’ils n’éclosent, pour les conscientiser à la beauté de ce monde ?
.
Une dernière chance, s’il vous plait !
Ah…
Bah…
Alors ça…
Hum.
Je la vois, cette colère dans vos yeux. Je sais que je suis un poids à la collectivité telle que vous l’envisagez. Mais jamais je ne pourrais être comme vous…
Dans ce cas, numéro 652, tu es révoquée. 889 ? A partir de demain tu reprends le numéro 652. La séance est levée.
Jérôme Dumont



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