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- Un petit bout d’enfance -

Au sortir du primaire, j’ai perdu de vue tous mes camarades de classe. Je n’étais pas la plus populaire et nous n’avions pas choisi l’école secondaire qui faisait l’unanimité chez les autres. Je ne peux pas dire que j’en ai vraiment souffert, peut-être juste une pointe de nostalgie et encore… J’ai fait d’autres rencontres, croisé d’autres chemins, créer d’autres liens. Plus forts, plus durables, plus profonds.



Vingt années ont passées ainsi, avec pour seules nouvelles de mes copains d’enfance une photo de Facebook par-ci, un faire-part de naissance par-là, une petite rencontre fortuite au supermarché, une silhouette reconnue au loin sur une brocante…


Puis j’ai eu des enfants. Puis il a fallu inscrire le grand à l’école. L’école. Mon école. Celle de mon enfance, celle de mon village. Nous l’avons d’abord visitée avec mon mari, pour qu’il fasse connaissance avec les murs. Moi bien sûr je connaissais. Je reconnaissais. Je reconnaissais la classe, qui me paraissais soudain minuscule, les petites tables, toujours les mêmes qu’à mon époque, l’odeur même n’a pas changé...


Et au détour des décorations colorées de la petite classe, sur le mur des photos des élèves actuels qui ont remplacé mes p’tits copains, une me saute aux yeux. La photo d’un gamin, Henri, avec qui j’étais en classe toutes mes maternelles et mes primaires. Pas exactement lui bien sûr, mais je comprends tout de suite qu’il ne peut s’agir que de son fils. C’est une famille du village où cela fait quatre générations que les femmes ne servent génétiquement à rien. Des photocopieuses en quelques sortes. Ce constat me fait sourire jusqu’aux oreilles. Bien sûr, lui aussi a grandi, lui aussi a eu des enfants. Et ça me fait chaud au cœur de savoir qu’une génération après, nos enfants vont également se côtoyer pendant près d’une décennie. Mon fils est donc entré en première maternelle. J’ai croisé Henri quelques fois. Un sourire. Un bonjour. Un petit signe.


Toujours poli, toujours avenant.


Quelques mois après, j’ai eu à lui sonner pour une bêtise. La chose réglée, nous nous sommes mis à papoter un peu au téléphone. Nous avons parlé du grandir, du vieillir déjà, de l’enfance qu’a foutu l’camp, des tracas qui ont pris sa place. Quelques jours après, une papote un peu plus longue, en deux heures de temps, on s’est échangé nos vies que l’autre avait manqué. Résumé des épisodes précédents. Et puis, naturellement nous avons repris notre amitié là où nous l’avions laissé en 2001. On est redevenu copains comme cochon.


Même ambiance qu’aux mercredis de catéchisme, comme si rien n’avait changé. Une nouvelle amitié avec des vieux copains. Un très bon cru de plus de 30 ans d’âge.


Comme on passait de plus en plus de temps ensemble, mon mari, d’un naturel pas très inquiet mais tout de même prudent a fini par me demander tout en subtilité ce qu’il en était clairement de cette relation : ‘’Vous couchez ensemble ou quoi ?!’’ Non. Clairement non.

Quand je regarde Henri, je revois le gamin en short et bottes en caoutchouc, l’enfant de cœur qui s’emmerde à la messe, le sale gosse qui frime sur son vélo. Il n’est pas un adulte.

Et je n’en suis pas une non plus.


Attention, je n’ai pas dit que nous avions des discussions d’enfants. Loin de là. Nous nous sommes raconté notre vie, détails métro, boulot, déprimo compris. Je connais ses emmerdes, il connait mes angoisses. On connait les faiblesses, les espoirs et les peurs de l’autre. Mais tout ça avec notre énergie et notre cœur de gamin. On se conseille comme des adultes, bien sûr. Mais on en rit comme des enfants et on s’écoute comme des amis. C’est à la vie, à la mort, limite on se cracherait dans la main. (‘reusement qu’c’est plus d’notre âge.)

Comme des enfants qui auraient traversé le miroir mais sans qu’il ne nous ait transformé en vieux cons. Il nous fallut bien du talent, comme dirait l’autre.

 

T’inquiète Chéri, j’ai pas trouvé un amant. J’ai juste la chance d’avoir retrouvé un bout de mon enfance qu’a pas cramé avec le reste.


Coco

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